Hommage à Jean-Luc Thérier (7 octobre 1945 – 31 juillet 2019)

On a peine à croire qu’il s’en est allé. Lui, le « mousquetaire » peut-être le plus attachant de la grande épopée Alpine, le pilote surdoué aux mille facéties, si souvent imprévisible, mais aussi lui, l’homme simple, droit et bon, par deux fois confronté aux terribles injustices de la vie !
Texte Pierre Moity

Dans les années 70, chez les Moity, c’est la course automobile qui régit (et pour cause !) le quotidien familial. D’interminables discussions sur le sujet sont monnaie courante et passent au crible les faits d’armes de ceux qui ont fait ou font l’actualité. Et une fois le chapitre circuit refermé, c’est au rallye de fort logiquement s’inviter à table. Face à l’avis paternel faisant (à juste titre) loi, quelques noms à consonance nordique sont avancés avant que ne sonne le rappel à l’ordre… « Et Thérier dans tout ça ? » Comme par jeu, le professionnel avisé entame alors pour la énième fois les louanges du pilote mais aussi de l’homme auquel il voue un profond respect : « Il ne faudrait quand même pas l’oublier ! Lui, c’est un tout bon, au même titre que les Waldegard et compagnie. Le talent à l’état pur, doublé d’un sens de l’improvisation, qui en fait à la fois l’adversaire le plus redouté et le plus respecté des Suédois ou des Finlandais. Terminer troisième en Suède (1973) derrière des “gus” qui ont usé leurs culottes courtes sur la glace ou encore partir à l’assaut du Tour de Corse et de ses spéciales de 100 bornes avec un seul passage de reconnaissance n’est pas à la portée du premier venu, je peux vous l’assurer. Jean-Luc, c’est le pilote d’instinct par excellence à qui tu peux mettre n’importe quelle trapanelle dans les mains et qui la fera avancer comme nulle autre… Tout cela, bien évidemment, dans la décontraction la plus totale, sans prise de tête (ni de notes, d’ailleurs !). Enfin, n’oubliez pas qu’au-delà des apparences se cache chez lui une force de caractère hors du commun. Combien de pères pourraient en effet surmonter le fait de savoir que l’espérance de vie de leur enfant est comptée ? En cela principalement, et pour le reste, je lui tire mon chapeau. »
L’eau a depuis coulé sous les ponts. Grâce aux sacrifices consentis par Jean-Luc (sans bien sûr oublier ceux de Jacqueline, la maman), Nicolas a surmonté ses problèmes de santé et peut aujourd’hui continuer à porter haut les couleurs de son rallyman de père dont la carrière s’était brutalement achevée en 1985, sur une dune du Dakar. Grièvement touché, le Normand ne devait en effet jamais plus retrouver l’usage de son bras gauche et composer des décennies durant avec la douleur. Qu’ajouter enfin à cela si ce n’est témoigner d’une profonde admiration pour ce grand Monsieur du rallye dont le palmarès ne reflète pas totalement l’immense talent ou encore regretter de n’avoir pu le côtoyer que très épisodiquement, contrairement à ses frères d’armes.